Vétusté après 10 ans de location : ce que le locataire doit vraiment payer
Dix ans dans le même appartement, et au moment de rendre les clés, le propriétaire évoque la peinture à refaire, la moquette usée, les joints noircis. Qui paie ? La notion de vétusté après 10 ans de location est au cœur de la réponse : l’usure normale liée au temps n’est pas à la charge du locataire. Mais vétusté ne veut pas dire impunité, et la frontière avec la dégradation mérite d’être bien comprise pour récupérer son dépôt de garantie… ou pour le retenir à bon droit.
Vétusté et dégradation : la distinction qui change tout
La loi du 6 juillet 1989 est claire : le locataire répond des dégradations et pertes survenues pendant la location, sauf celles dues à la vétusté, à la malfaçon, à un vice de construction, à un cas fortuit ou à une force majeure.
- La vétusté, c’est l’usure normale d’un équipement ou d’un revêtement, du simple fait du temps et d’un usage normal : peinture ternie, moquette tassée aux points de passage, robinetterie fatiguée.
- La dégradation, c’est un dommage anormal : trou dans une porte, brûlure sur un plan de travail, tache indélébile, carrelage cassé, murs peints d’une couleur vive sans accord.
Après dix ans, la plupart des revêtements ont atteint ou dépassé leur durée de vie. L’usure est alors présumée normale, et le propriétaire aura beaucoup de mal à facturer leur remplacement.
La grille de vétusté : un outil prévu par les textes
Depuis le décret du 30 mars 2016 sur les états des lieux, bailleur et locataire peuvent convenir, dès la signature du bail, d’une grille de vétusté. Elle fixe pour chaque élément :
- une durée de vie théorique ;
- une éventuelle franchise, période pendant laquelle l’élément ne perd pas de valeur ;
- un abattement annuel au-delà de cette franchise ;
- parfois une valeur résiduelle minimale.
Dans les logements sociaux, ces grilles sont souvent issues d’accords collectifs. Dans le parc privé, beaucoup de bailleurs utilisent des grilles inspirées de ces accords. Les durées retenues varient, mais la plupart des grilles situent la durée de vie des peintures et papiers peints aux alentours de 7 à 10 ans, et celle des moquettes dans une fourchette comparable.
Si le bail ne comporte pas de grille, la vétusté reste prise en compte : le juge l’apprécie au cas par cas, en tenant compte de l’âge de l’équipement et de son état à l’entrée.
Calculer ce qui reste à la charge du locataire
Prenons une dégradation réelle, par exemple un mur abîmé par des fixations arrachées dans un séjour repeint au moment de l’entrée dans les lieux. Avec une grille qui prévoit une durée de vie de 10 ans et une franchise de 2 ans :
- après 3 ans de location, la peinture a perdu une petite partie de sa valeur, et le locataire paiera une fraction importante de la remise en état ;
- après 10 ans, la peinture est totalement amortie : sa valeur résiduelle est nulle ou minime, et la part imputable au locataire devient très faible, voire nulle, même si le mur est abîmé.
Le principe : le propriétaire ne peut pas obtenir un revêtement neuf aux frais du locataire en remplacement d’un revêtement qui, de toute façon, avait atteint sa fin de vie. En revanche, une dégradation qui exige des travaux allant au-delà du simple revêtement (plâtre à reprendre, porte à remplacer) peut rester en partie à la charge du locataire.
Ce que le locataire doit tout de même faire
Dix ans de bail n’effacent pas l’obligation d’entretien courant. Le locataire doit restituer un logement propre et assurer les menues réparations prévues par le décret de 1987 sur les réparations locatives :
- nettoyage complet, y compris des équipements de cuisine ;
- rebouchage raisonnable des trous de chevilles ;
- remplacement des joints, flexibles de douche, ampoules et petites pièces ;
- entretien de la chaudière individuelle, attestation à l’appui ;
- débouchage des canalisations et entretien des abords privatifs.
Un logement sale ou des réparations locatives non faites peuvent justifier une retenue, quelle que soit l’ancienneté du bail.
L’état des lieux de sortie : le moment clé
Tout se joue sur la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie. Après dix ans, l’état d’entrée est parfois sommaire ou introuvable. En l’absence d’état des lieux d’entrée, le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état, sauf preuve contraire ; cette présomption ne peut pas être invoquée par la partie qui a fait obstacle à l’établissement de l’état des lieux.
Conseils pratiques pour le jour de la sortie :
- Retrouvez l’état des lieux d’entrée et le bail, avec la grille de vétusté s’il y en a une.
- Photographiez chaque pièce, datez les photos.
- Faites préciser sur l’état de sortie ce qui relève de l’usure (« peinture défraîchie ») et non d’une dégradation.
- Ne signez pas un document qui qualifie de dégradation une simple usure : ajoutez vos réserves.
Le dépôt de garantie après 10 ans de location
Le bailleur doit restituer le dépôt de garantie dans un délai d’un mois si l’état de sortie est conforme à l’état d’entrée, et de deux mois dans le cas contraire, déduction faite des sommes justifiées. Chaque retenue doit être appuyée par des devis ou factures, et tenir compte de la vétusté. À défaut de restitution dans les délais, le montant dû est majoré de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé.
Le montant du dépôt et ses règles de restitution sont détaillés dans notre article sur le dépôt de garantie. Notez aussi qu’en copropriété, le bailleur peut conserver provisoirement une partie du dépôt, dans la limite de 20 %, jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble ; voir notre guide de la régularisation des charges locatives.
En cas de désaccord
Commencez par un courrier recommandé au bailleur, en rappelant la vétusté et en contestant les retenues non justifiées. Sans réponse, vous pouvez saisir gratuitement la commission départementale de conciliation, puis le juge des contentieux de la protection. L’action en restitution du dépôt se prescrit par trois ans. L’ADIL de votre département vous aide à préparer le dossier.
Questions fréquentes
Le propriétaire peut-il me faire payer la peinture de tout l’appartement après 10 ans ?
En principe non : après dix ans, la peinture est considérée comme amortie. Seule une dégradation anormale, et dans la limite de la valeur résiduelle, peut justifier une participation.
Et si j’ai repeint en couleur sans autorisation ?
Les transformations sans accord peuvent être facturées si le bailleur exige la remise en état. Après dix ans, la vétusté du revêtement d’origine reste toutefois prise en compte.
La vétusté s’applique-t-elle aussi en location meublée ?
Oui, pour le logement comme pour le mobilier fourni. Notre liste du mobilier en location meublée rappelle les équipements concernés.
Après dix ans de location, la vétusté joue largement en faveur du locataire, à condition qu’il ait entretenu normalement le logement. Le réflexe gagnant, côté locataire comme côté bailleur : un état des lieux précis, des photos, et des retenues toujours justifiées par des pièces.

Je m’appelle Chloé Robin et je rédige des contenus pratiques et accessibles sur Digradio-Nordvendée.fr. J’aborde l’actualité, la vie pro, la finance du quotidien et l’immobilier avec une approche simple : clarifier, comparer et aider à décider. Mon objectif est de proposer des articles utiles, structurés et directement actionnables.

